Bâle et les 40 musées (épisode 3)

– le Kunstmuseum, musée des Beaux Arts de la ville de Bâle, gigantesque par sa taille et son envergure internationale. Trois étages consacrés à l’art allant du XIVème siècle à aujourd’hui. Ce musée possède la plus grande collection mondiale d’œuvres de la famille Holbein. La Renaissance y est également bien représentée à travers des œuvres de Witz, Cranach le Vieux ou encore Grünewald. 

J’ai été impressionnée par la quantité et la qualité des toiles exposées pour la période de l’art moderne : Braque, Picasso (touché par l’achat de plusieurs toiles par la ville de Bâle, il en donna 4 en plus), Mirò mais également  Böcklin, Van Gogh, Gauguin, Cézanne (211 oeuvres) ou encore Léger. Dans la section XXè siècle après le cubisme et l’expressionnisme allemand, ce musée fait une part belle aux américains des années 50 tels que Jasper Johns, Frank Stella, Bruce Nauman ou encore Claes Oldenburg.

L’exposition temporaire était consacrée à « Piet Mondrian – Barnett Newman – Dan Flavin »

Cette exposition se présente plutôt comme une juxtaposition de 3 salles consacrées chacune à l’un des trois artistes modernes. Ils appartiennent chacun à une génération différente : Piet Mondrian (1872–1944), Barnett Newman (1905 –1970) et Dan Flavin (1933–1996). Ils nous proposent trois versions complémentaires de l’abstraction. Tous trois aspirent à une certaine mortification des moyens plastiques pour donner à l’art une dimension universelle en jouant sur la couleur et la forme.

Piet Mondrian et les couleurs primaires : peintre abstrait dès 1917, membre fondateur du groupe De Stijl. Son principe graphique est basé sur l’élémentaire avec l’utilisation de lignes horizontales et verticales et des couleurs telles que le jaune, le bleu et le rouge, avec fond blanc et lignes noires. C’est ce qu’on appelle le néoplasticisme : « une esthétique basée sur des motifs à angle droit et l’utilisation des trois couleurs primaires auxquelles s’ajoutent le blanc, le noir et le gris ». Il s’adonne à la peinture mais également à des collages de papiers. Il explore les rapports forme/espace et efface la couleur naturelle au profit de couleurs dites pures. Cette « nouvelle plastique abstraite » l’amène à travailler le rythme comme inspiré par le jazz New Yorkais. Sur la fin de sa vie il supprime la couleur noire de ses tableaux.

Barnett Newman, les « zips » et le sublime : les toiles monumentales de Barnett Newman succèdent aux petites toiles de Mondrian. Il se révèle à la fin des années 40 avec ses toiles « zips » ( lignes verticales obtenues à l’aide de ruban adhésif enlevé une fois la peinture appliquée). Il travaille essentiellement sur des monochromes parfaits. Il veut avant tout que le « spectateur fasse l’ex­périence de leur propre existence » face à ses toiles. 

Il considère le travail de Mondrian comme l’équivalent mathématique de la nature créant ainsi un univers immaculé et sensuel. Selon lui il faut libérer la couleur de toute composition. C’est pourquoi il s’adonne à peindre des toiles immenses en voulant provoquer une expérience métaphysique chez le spectateur. C’est ce qu’il nomme « le sublime ».

« J’ai aidé la peinture à s’élever au rang d’une vision nouvelle et grandiose … » Barnett Newman

Un brin mégalo, anarchiste, métaphysicien, philosophe il revendique pour « une peinture des ambitions sans limite.  » l’œuvre doit s’affirmer « devant la terreur de l’inconnaissable », elle défie « le chaos noir et dur qu’est la mort ». Extrait de l’ouvrage Barnett Newman – Écrits

Dan Flavin , figure majeure de l’art minimal est météorologue dans l’armée de l’air américaine au début des années 1960.  Il compose des installations lumineuses à partir de tubes de lumière fluorescente qu’on trouve dans le commerce (introuvables désormais pour qui veut réparer une œuvre de Flavin..) Ses premières œuvres avec de la lumière électrique datent de 1961, d’abord en interaction avec des toiles monochromes puis uniquement des néons seuls. Ses éléments disposés de manière répétitive évoquent la vie quotidienne et la production industrielle.

En 1971, l’artiste dédie une pièce à Barnett New­man:  tubes jaune, rouge et bleu qui s’exposent contre le coin d’une pièce. La boucle est bouclée, puisque Newman lui-même avait repris ces trois couleurs à Piet Mondrian. La superbe installation réalisée en 1972 pour la cour du musée est à voir à la tombée de la nuit. « Ce que vous voyez est ce que vous obtenez. » Flavin,  Pour lui ses œuvres se suffisent à elles mêmes et ne se réfèrent à rien d’autre: en plus d’être abstraites, elles sont donc totalement non-figuratives. Contrairement à Mondrian avec par exemple New York ou Victory Boogie-Woogie et Newman avec Chartres : qui dit abstraction ne veut donc pas forcément dire non figuration !!

Une deuxième exposition temporaire qui m’a particulièrement plu car je ne connaissais pas cet artiste et j’ai trouvé son œuvre véritablement moderne, frais et gaie pour son époque : Jakob Christoph Miville, peintre bâlois (1786-1836). Sa source d’inspiration première : les paysages russes (suite à son voyage en Crimée et dans le Caucase). Les Alpes suisses et l’Italie sont également supports à des effets de contre jour, d’ombres, de lueurs profondes et mystérieuses. Ces dessins et ses aquarelles sont les plus réussies à mon goût car on ressent la vie

– le Museum für Gegenwartskunst (Kunstmuseum) présente des œuvres d’artistes contemporains appartenant aux fonds du Kunstmuseum Basel et de la Fondation Emanuel Hoffmann. C’est un lieu de confrontation, un laboratoire explorant la diversité de la pratique artistique contemporaine.

– le Musée Tinguely conçu par l’architecte Mario Botta présente le plus grand ensemble d’œuvres de Jean Tinguely (1925–1991), artiste suisse du XXe siècle.

J’ai trouvé ce musée très plaisant et j’ai découvert un artiste complet et passionné : ses mobiles, fontaines et machines à tout faire sont phénoménales et fonctionnent au sein même du musée. Les expositions mettent en relation son travail avec plusieurs autres artistes et amis de l’artiste tels que Bernhard Luginbühl, Niki de Saint Phalle (sa compagne) et Yves Klein. Ses modèles sont Marcel Duchamp et Kurt Schwitters. Jean Tinguely se veut issu du mouvement dadaïste par son attitude à tourner en dérision chaque aspect de la société. Il cherche à interpeller le visiteur. Son œuvre va de plus en plus s’apparenter à de l’art cinétique. Je ne connaissais pas très bien cet artiste mais à travers ce musée j’ai pu découvrir tout son univers et style bien caractéristique. Il est en avance sur son temps puisqu’il recycle des objets auxquels il redonne vie en les animant avec un moteur et il invente ainsi des machines humoristiques et poétiques.

Ce n’est pas un mécanicien mais un sculpteur dont le but est de provoquer et de tourner en dérision l’art. Après guerre, il semble prendre partie de construire des machines imparfaites en refusant le culte de l’objet et notamment la société de consommation. Il prend le contrepied de la société au cours de laquelle la machine est en plein développement :  lui , souhaite la mettre en scène de manière ludique.

Enfin un musée que je n’ai pas pu visiter mais qui mérite le détour : le Basler Papiermühle (musée du papier) situé dans un ancien moulin et dont la visite est agrémentée d’ateliers pratiques et vous repartez avec votre papier fait main !

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